22 septembre 2009
la fin
Ça y est, c'est fini, le départ est pour dans quelques jours, depuis la dernière fois, pas grand chose, si ce n'est un petit weekend sur la côte où j'ai pu me baigner dans une eau bien chaude, et matter des baleines en train de baiser, c'était cool...
Je part donc jeudi prochain pour Guayaquil, où j'espère avoir le temps d'aller piquer une petite tête avant le départ.
Le voyage va être rude, vu que je suis parti avec un billet Sao Paulo - Paris, mais que j'ai finit en Equateur, j'ai du acheter un billet Guayaquil - Sao Paulo.
Je vais donc faire Guayaquil - Lima, Lima - Santiago, Santiago - Sao Paulo, Sao Paulo - Zurich et enfin Zurich - Paris.
En tout, deux jours d'avion et d'aéroport, cinq décollages, cinq attérissages, moi qui n'aime pas particulièrement ce moyen de transport, je vais être servis.
Viva la revolución!!
19 septembre 2009
Ambato & Guaranda
Le 4 septembre, je décide de partir en weekend. Si je veux voir du pays, il faut que je me dépêche, je n’ai plus que trois semaines à passer ici. C’est court, mais c’est long à la fois : je n’aurais passé qu’un petit mois en Equateur, mais en même temps cela fait maintenant près de quatre mois que je suis parti, et il me tarde de rentrer au bercail.
Ce weekend, je décide donc de partir faire le plein d’artisanat. Je pars
donc pour Ambato, quatrième ville du pays, mais d’après les guides, ne
disposant d’aucun attrait touristique.
En arrivant, je pars directement pour Quisapincha, un petit village non
loin d’Ambato, spécialisé dans l’artisanat du cuir.
La route qui y mène s’élève au dessus d’Ambato et offre une belle vue sur
toutes les montagnes environnantes. Dommage que le temps soit couvert.
Le village est rempli de boutiques d’articles en cuir, je me décide pour
l’un d’entre eux où je trouve mon bonheur. Le vendeur me rend ma monnaie, 10 $
en pièces de 50 centimes. Je prends un kilo d’un coup.
Je redescends ensuite sur Ambato, où je cherche pendant longtemps l’arrêt
des bus partant pour Salasaca, un petit village non loin. Dans ce bled vivent
les indiens Salasacas. Ils ont une culture bien particulière, puisqu’ils ont
été déportés de Bolivie, où ils vivaient avant l’expansion Inca, jusqu’ici
selon une technique bien établie par les Incas, et qui leur permettait de faire
fermer leur gueules aux peuples un peu récalcitrant à la civilisation.
C’est une technique comme une autre pour assujettir les peuples. Quand les
européens sont arrivés aux Amériques, ils en on adoptés une autre, plus
expéditives, mais plus efficace : après avoir massacré 200 millions
d’amérindiens, tout le monde a fermer sa gueule.
Les Salasacas sont passés maitres dans l’art du tissage, et ils sont
reconnus dans tout le pays pour leur savoir faire.
En passant devant le petit marché où les indigènes vendent leurs produits,
je me fais héler par une vieille mamita : « vient voir gringito,
vient acheter ». Amusé, je m’approche de son stand et elle commence à tout
me déballer, sans arrêter de dire : « compra, compra ! » (achète).
Ces tapisseries de laine sont si peu chère que je lui en achète quelques unes,
mais elle ne me lâche toujours pas. Quand je finis par réussir à m’en défaire,
c’est la voisine qui prend le relais, et ainsi de suite sur une dizaine de
stand. Des sacrés marchands de tapis ces Salasacas.
Au bout d’un certain temps, je réussi à m’échapper. C’est vraiment le mot,
c’est limite si je ne me fait courir après pour que j’achète plus.
Le lendemain, après une bonne nuit de sommeil, je pars pour Guaranda,
petite ville à deux heures d’Ambato, près de laquelle ce trouve Salinas, un
joli petit village produisant les meilleurs fromages et chocolats de la région.
Autant dire que c’est une destination qui compte.
Arrivé à Guaranda, je fais un rapide tour du marché avant de chercher un
bus pour Salinas. Renseignement pris, il n’y a pas de bus, uniquement des
camionnettes. Je me retrouve donc une fois de plus, à l’arrière d’un pick-up
brinquebalant, coincé entre les régimes de bananes et les poulets. La position
est plutôt inconfortable, les cahots de la piste sont rudes et j’avale des
kilos de poussière. Cependant, je dispose d’une vue magnifique sur les paysages
environnants, et ça vaut bien quelques courbatures.
Après une bonne heure de route, j’arrive dans le bled. Je me promène
quelques temps dans ce village, surement un des rares où les habitants ont une
conscience écologique, chose qui reste encore le privilège de ceux qui on les
moyensde ce l’accorder. En effet, les rues sont propres, il n’y a pas de
décharges à ciel ouverts.
En fin d’après midi, après avoir fait un stock de fromage, je redescends
vers Guaranda. Il y a plein de monde à vouloir descendre, bizarrement. La
raison en est évidente, ce soir la selección joue contre la Colombie
Arrivé à Guaranda, je trouve un petit hôtel, les mecs de la chambre voisine
sont déjà en train de hurler devant la télé.
Je vais regarder le match sur un écran, dans la rue. A la fin, tout le
monde rentre ce coucher, tristement.
2 – 0
Le lendemain, à 6 heures les voisins ce réveillent et mettent la musique à
fonds les ballons. J’essaie de dormir un peu, mais à 7 heures, c’est le gérant
qui vient tambouriner à ma porte, il est temps que je m’en aille.
Je fais mon sac, et avant de prendre le bus, je vais visiter l’attraction principale de la ville, une statue représentant l’Indio Guaranga, qui a donné son nom à la ville, mais personne ne sait plus pourquoi, qui surplombe la ville. La vue est fort jolie.
Après cette petite ballade, je redescends prendre mon bus pour Riobamba. La
route du retour est sublime, une des plus belles du pays parait-il. Le temps
est super dégagé, la route fait le tour du Chimborazo, on peut admirer la bête
sous toutes les coutures, jusqu'à en faire une indigestion.
Le bus me dépose à Calpi et je finis à pieds. Sur la route, je passe devant la communauté d’Asunción. Les indigènes sont en minga, en travail communautaire pour rénover les canaux d’irrigations. Quand je passe devant les travailleurs en les saluant, on me fait signe de m’approcher. Les types tapent la discute pendant 5 minutes, et me payent un coup de trago, le tord boyaux local. Je repars ragaillardi.
En arrivant à San Francisco, une bonne humeur peu habituelle semble habiter
les gens : une famille est en train de battre le blé en riant et me fait
de grands signes quand je passe à leur niveau. Plus loin, un homme enlève les
poux de la tête de sa femme sur les marches de leur maison, eux aussi me
saluent gaiement. Scène assez peu courante de douceur et d’amour conjugale, qui
me met, moi aussi le sourire aux lèvres.
08 septembre 2009
Le lendemain, c’est samedi, jour de marché à Riobamba. J’y descends donc et en profite pour passer un coup de fil à Leticia, une des filles avec qui je travaillais l’an dernier, et avec qui j’ai maintenu une correspondance plutôt bien suivie.
Je la retrouve à la Estación, la gare de Riobamba, d’où partent les trains pour le très touristique Nariz del Diablo, et où la municipalité a emménagé un endroit pour que les artisans de la ville puissent exposés leurs produits. C’est ici que nous vendions nos confitures l’année dernière, mais le stand a disparu, puisque les filles, à l’image de Letty, en avaient marre de se faire traitées de voleuses par les femmes de la communauté.
Letty travaille maintenant avec Don Claudio, un personnage assez pittoresque, joueur de rondador, la flûte de pan équatorienne, et artisan. Il fabrique toute sorte de choses en crin de cheval, et Letty l’assiste dans son travail.
Je retrouve donc d’abord Don Claudio et Letty nous rejoint peu après.
Ça fait plaisir de la revoir. Elle n’a pas tellement changée, elle porte toujours son Anako (la jupe « traditionnelle »), mais garde la Chalina (châle en laine) et le petit chapeau blanc cerclé de noir pour les fins de semaines ou elle va aider ses parents à la communauté.
Letty a la chance de pouvoir faire des études, aidée financièrement par une française passée par là et qui lui envoie des sous pour qu’elle puisse continuer d’étudier.
Je lui fais part de mon projet de chercher un stage pour le mois qu’il me reste avant de rentrer en France, et elle propose de me filer un coup de patte dans mes recherches.
Nous partons donc pour le Consejo provincial, équivalent de notre conseil régional, où elle connait quelqu’un qui serait susceptible de m’aider. Evidemment le type n’est pas dans son bureau, et nous devons courir dans toute la ville pour le retrouver.
Après une bonne discussion pour lui faire comprendre ce que je veux, le type me demande de revenir le lundi suivant, il en saura plus.
Le lundi matin, Letty vient cogner á ma porte pour descendre avec Pierrick á Riobamba. Arrivés en bas, nous appelons le type qui nous avait donné rendez vous ce matin a dix heures. Il nous répond qu’il est toujours chez lui et qu’il ne sera pas disponible avant 11h 30. Normal.
Nous partons donc pour le ministère de la culture en espérant plus de résultat. Ici tous les ministères ont une antenne dans chaque province pour appliquer la politique gouvernementale au niveau local.
Arrivés au ministère, il faut serrer toutes les mains, demander des nouvelles de la famille, avant de s’assoir et de rentrer dans le vif du sujet. Après avoir expliqué ma situation, on me demande de laisser mes coordonnées, « on vous rappellera », la formule m’a tout l’air d’être universelle. On nous conseil tout de même d’aller voir au « ministerio de inclusion economica y social » (MIES), ou nous aurons peut être plus de chance.
Le ministère, flambant neuf, ce trouve maintenant a l’autre bout de la ville. Don Claudio, qui nous accompagne souffre un peu et Letty n’en loupe pas une pour se payer la tête du viejito.
Arriver à destination, on entre dans un bureau, un peu au hasard, et exposons mon cas. On nous informe qu’il faut s’adresser au directeur du ministère. Il n’est évidemment pas présent et on nous invite á l’inauguration d’une fromagerie financée par le ministère, ou le directeur sera présent. On en profite pour inviter Don Claudio a joué du rondador.
On repart ensuite pour le centre ou nous appelons a nouveau le type que nous devions voir à dix heures. Il nous demande de venir le rejoindre au siège de la « Radiofonica », la station de radio mise en place par monseñor Proaño, l’évêque des pauvres, ayant beaucoup fait pour la cause indigène. La Radiofonica a élargie ces activités et mène maintenant des projets de développement dans différents domaines, toujours en rapport avec le monde indigène.
J’y rencontre Piedad, la coordinatrice des projets artistiques qui me dit qu’ils auraient besoin de quelqu’un pour faire leur comptabilité. Elle me demande si c’est dans mes compétences. Entrer des chiffres dans un logiciel c’est dans les compétences de n’importe qui.
Elle me dit aussi que si je préfère travailler dans d’autres projets, elle pourra m’y introduire. Je lui demande quelques jours pour réfléchir, et nous nous quittons là.
Le lendemain matin, lever à 6 heures pour choper le bus de 7 heures, arriver à 7h 30 à Riobamba où j’ai rendez vous à 8 heures avec Don Claudio et Letty. Je suis bon pour une bonne heure d’attente. Ici on a pas de montre mais on a le temps dis le dicton.
Don Claudio finit par arriver, seul. Letty avait rendez vous la veille avec son directeur de thèse (elle n’est pas encore en doctorat, mais ici il n’y a qu’un « modèle » de diplôme universitaire, en 5 ans dont la dernière année est consacrée à une thèse), mais il a du décaler le rencart au dernier moment et elle doit donc aller le voir ce matin.
Je pars donc avec Don Claudio pour Ceceles, une petite communauté qui a investi avec l’aide du MIES et d’autres bailleurs de fonds dans une fromagerie, permettant ainsi aux indigènes de transformer leur lait avant de le vendre au lieu de le vendre directement a des intermédiaires qui les bernent.
Après quelques heures de bus, nous arrivons à la communauté.
Monsieur le vice ministre de l’économie c’est déplacé. Le ministre lui-même devait venir mais il a eu un « empêchement de dernière minute » comme ils aiment dire. Coups de flemme oui.
Enfin, ça montre bien que le gouvernement a une réelle préoccupation des communautés indigènes et de leur développement, contrairement aux gouvernements précédents.
En soutenant de tels projets, créateurs de richesses au niveau local, et pour ceux qui en ont le plus besoin, il montre également qu’il est déterminé à construire une économie sociale et solidaire, et que ce ne sont pas seulement des mots jetés en l’air, comme on entend souvent par chez nous maintenant que l’économie ultralibérale est devenue bonne à jeter.
Non, je ne fais pas de l’antifrancisme primaire, je suis juste content qu’il existe encore des politiciens qui respectent le mandat que leur a donner le peuple, c'est-à-dire les sortir de la merde, et peu importe si pour cela il faut cogner sur les sacro saints investisseurs, entrepreneurs et banquiers de toutes sortes. Ça fait peur hein ?
Revenons à nos moutons, après ce bref intermède passionné. Arrivé à Ceceles, je dois donc m’adresser au vice ministre. En effet, ici, c’est toujours à la plus haute autorité présente qu’il faut s’adresser pour obtenir quelque chose. Si le ministre avait été là, c’est lui que j’aurais été consulté, et si le président…
Je vais donc voir Tupac, comme il s’appel, je lui expose mon cas, il me demande mon nom et mes coordonnées qu’il va directement donner au directeur local du MIES, celui la même que j’avais essayé de rencontrer la veille au ministère. Asi es en Ecuador…
Ensuite on se tape deux bonnes heures de discours de chacune des autorités présentes, ensuite le speaker demande à l’assistance de ce lever et de chanter l’hymne national. A ce moment là, tout le monde ce découvre, met la main sur le cœur et ce met à chanter à plein poumon. Entre deux couplets, on entend le vendeur de glace : « helados, heladitos !! »
Ensuite c’est au tour de Don Claudio de faire le show au rondador.les gens en redemandent, il fait danser les autorités, sauf Tupac qui a une patte folle, c’est la gloire.
Ensuite, une fois que Don Claudio a vendu tous ces CD, il faut trouver un moyen de rentrer au bercail. Les bus sont rares par ici. On chope le gouverneur de la province sur le point de partir. Don Claudio enlève son chapeau et lui demande humblement si on peut monter. « Su excelencia » nous fait un signe de tête en direction de l’arrière du pick-up. On rentre donc sur Riobamba au frais du contribuable Chimborazeño, et on arrive à destination tout endoloris et couverts de poussière.
Aujourd’hui, mercredi 26 aout, c’est grâce mat’. Il faut laisser murir tout ça et aller voir les résultats demain. Je me lève donc vers 10 h 30, et part pour une ballade sur les hauteurs de San Francisco. Le fait est que l’an dernier, j’avais travaillé au balisage de cette ballade, et Pierrick me dit que de nombreux touristes ce perdent en chemin. Je suis donc intriguer et veut aller voir cela par moi-même.
En chemin, je croise un âne sur le sentier, qui cavale tout seul. 100 mètres plus loin, c’est le propriétaire que je croise, un pauvre papi tout essoufflé qui me fait : « esta coriendo mi burrito » avant de reprendre sa course.
Arrivé au sommet, je vois le sommet du Chimborazo dans une petite fenêtre ouvertes dans la masse nuageuse. A chaque fois, devant ce spectacle, c’est la même impression qui me submerge : ce volcan est tellement impressionnant, et on en est tellement proche ici, qu’à chaque fois qu’il daigne ce découvrir, on se sent un peu privilégié.
Ce n’est pas étonnant que tant de légendes circulent à son sujet et que les gens d’ici le craignent tellement.
J’en ai appris une dernière, de légende, il n’y a pas longtemps : on raconte que les femmes qui dorment sur les flancs du volcan en tombent enceintes. Certains diront que c’est une bonne excuse pour que les filles puissent faire toutes les conneries du monde.
N’empêche, ici on ne rigole pas avec ça : Pierrick raconte qu’un jour une fille se pointe devant son père et lui dit qu’elle c’est fait mettre en cloque par Taita Chimborazo. Le daron ne la croit pas, lui en retourne une et la traite de tout les noms. Lorsque l’enfant nait, pourtant, le père s’excuse auprès de sa fille et lui dit qu’elle avait bien raison, c’est bien le volcan le papa.
Il faut dire que le Chimborazo à pour particularité de faire des enfants à la peau et aux cheveux blancs. Comme par hasard, les communautés les plus proches du volcan on un taux d’albinos bien plus élevé que dans le reste du pays. Quel cochon ce Chimborazo.
Le plus drôle, dans ces légendes, c’est que les gens d’ici y croient fermement. Pierrick, encore lui, raconte qu’un jour, une française vient faire un volontariat. Elle se lie d’amitié avec Letty et toutes les deux partent se balader sur le volcan. Elles trainent un peu et se retrouve à la nuit tombées sur le volcan. Letty avait à l’époque 17 ou 18 ans, et la connaissant, ce n’est pas la fille stupide prête à croire n’importe quelle histoire de grand-mère. En plus Letty est évangéliste, et cette église encourage ces fidèles à renier toute culture indigène, donc toutes ces histoires douteuses.
Pourtant quand la française propose à Letty de rester dormir au refuge, la Letty commence à paniquer, a perdre complètement les pédales. La française s’inquiète, lui demande ce qui ne va pas, et la Letty de lui répondre que si elle reste dormir sur le volcan, elle va tomber enceinte du Chimborazo.
En fin de compte, ces histoires sont tellement liées à l’endroit où elles prennent forme qu’elles deviennent vraies. J’imagine bien que les gens qui me lisent en France vont me prendre pour un doux dingue, mais pour les gens d’ici, c’est juste la réalité, alors pourquoi ne pas y croire ?
L’exemple le plus illustratif de ce fait ce trouve peut être dans la médecine andine : ici lorsque vous souffrez d’une fièvre, ou d’un quelconque mal, on va vous soignez avec un cuy (cochon d’inde). Il suffit de passer le cuy sur le corps du malade jusqu'à ce que mort s’ensuive. Et vous voila guérit. Avant vous êtes malade, après vous ne l’êtes plus. Aucune explication rationnelle, mais ça marche, quelle preuve voulez vous de plus ?
Aujourd’hui, jeudi 27 aout, je descends à Riobamba voir ce que ça donne au MIES, s’ils veulent bien de moi ou pas.
On me demande d’aller voir une dame à la direction financière, qui devrait avoir du travail pour moi. J’attends la bonne femme pendant une bonne heure. Ensuite elle me dit que le señor director lui a parlé de moi, elle a du travail pour moi. Les stagiaires, étudiant à Riobamba reprennent bientôt les cours, j’arrive donc au bon moment.
Le travail que l’on me propose consiste à la vérification du budget de projets financés par le MIES. Il y en a une trentaine, et il faut refaire tout les comptes pour vérifier si les entrepreneurs auxquels ont été confiés les projets ont bien dépensés les montants alloués.
Bon j’avoue que ça reste bien flou, j’y comprendrais mieux plus tard.
En rentrant, je me cale à l’angle d’où partent les voitures pour San Francisco. Il y a la un homme de la communauté que je croise à chaque fois que je descends à Riobamba. A chaque fois, il est rond comme une queue de pelle, mais aujourd’hui, il atteint le summum : le type est allongé sur le trottoir et il n’arrive même pas à ce lever. Il ce contente de grogner de propose que personne ne comprend. Quand une voiture arrive, son pote, pas beaucoup plus frais que lui, mais qui tient quand même sur ces deux jambes, le charge littéralement dans la voiture. Je suis obligé de venir lui filer un coup de main, et ce n’est pas évident, le raisin n’a pas l’air d’avoir très envie de faire un tour en voiture.
Le type est maintenant avachi sur la banquette arrière, il gémit et bave, et moi je n’ose même pas imaginer la gueule de son foie.
A la sortie de la ville, son collègue demande au chauffeur de s’arrêter dans une tienda, une épicerie. Il nous paie des empanadas et un jus de fruit, et lui s’offre un gros godet d’aguardiente avant de daigner repartir. Là, c’est sa femme que j’imagine, toute seule à la communauté à ce crever le cul pour nourrir les gosses pendant que son mec claque la thune en ville.
08 Aout:
Cela fait maintenant une semaine que je travaille au MIES, et tout s’éclairci peu à peu.
Tous les matins, c’est lever à 6 heures pour choper le bus de 7 heures qui me dépose à Riobamba une demi heure plus tard. J’ai donc une demi-heure à occuper avant d’aller au bureau. J’ai pris l’habitude de monter sur la loma de Quito, une petite colline dans le centre en haut de laquelle ce tient le parque la libertad. Là, certains matins, quand le temps est assez dégagé, j’ai une superbe vue sur tous les volcans entourant la ville, l’Altar, le Tungurahua, le Carihuairazu et évidemment, le big boss Chimborazo.
Lorsque je parviens à les voir tous, ce qui reste tout de même assez rare, cela me met de bonne humeur, malgré le réveil aux aurores.
Ensuite, je me dirige tranquillement vers le MIES. Je monte au premier et salue mes collègues en entrant dans le bureau. Les deux maitresses des lieux sont Luz Maria, chargée du budget, et indigène dans le sens où elle porte l’anaco, mais les indigènes eux-mêmes ne reconnaissent comme faisant partis des leurs seulement ceux qui vivent en communauté, ce qui n’est pas le cas de Luz Maria. Atteindre des responsabilités demande des sacrifices.
La deuxième patronne est Rita, chargée des finances, et sous les ordres de laquelle je travaille. Rita est tout un personnage : chaque matin, lorsqu’elle rentre dans le bureau, je manque d’éclater de rire devant l’extravagance de ces tenues vestimentaires. Le terme qui me vient à l’esprit quand je pense à elle, c’est « bourgeoise emperlousée ». Rien de méchant ici, tout juste un poil de moquerie, je vous l’accorde. Mais ces coiffures acrobatiques et son maquillage de maquerelle m’imposent cette image.
Mais ce qui fait tout le charme de la dame, c’est que quoi qu’il arrive, elle est toujours complètement larguée.
Il est vrai que le système informatique de ministère, et toute la bureaucratie qui l’accompagne n’ont rien de simple, mais il est toujours drôle de voir la directrice financière du ministère aller voir la secrétaire du directeur, ou le directeur des ressources humaines, en leur faisant d’un air implorant : « no sea malito, ayudame » (qui pourrait ce traduire par « ne sois pas méchant, aide moi » en sachant que méchant ce dit malo, mais leur manie de mettre « ito, ita » à la fin de tout les mots, donne tout son charme à la phrase), en leur demandant de lui expliquer telle nouvelle directive, ou tel programme gouvernemental impossible à entrer dans le système.
La vie au bureau est tranquille. Rita essaie quand même de m’apprendre son boulot, c’est instructif à défaut d’être palpitant.
Régulièrement, on entend brailler « Luchito !!! » dans tout le bâtiment. Luchito c’est l’homme à tout faire de la maison, celui à qui on demande d’aller acheter telle ou telle bricole, et ça doit être celui qui bosse le plus dans la boite, mais surement pas celui qui est payer le plus. Je ne dis pas que les autres n’en glandent pas une, loin de là, mais entre les visites dans le bureau de la copine d’en face, les discussions au téléphone, et les séances photos du weekend dernier, on sait prendre son temps.
Ce qui est drôle aussi, c’est de voir l’image que ces fonctionnaires ont d’eux-mêmes : Luchito on l’appel Luchito parce que c’est le larbin, mais les autres, ils ce donnent mutuellement du « doctor » par ci, « ingeniera » par la, « arquitecto », « licenciado », bref, on rentabilise bien le titre chèrement acquis.
07 septembre 2009
Riobamba
Je prends donc un bus pour Riobamba, á 5 heures de route de Cuenca. Tonton
Correa est en train de refaire toutes les routes du pays, c’est bien sauf qu’en
attendant, les travaux ralentissent considérablement les trajets, surtout
qu’ici la circulation alternée, ils ne maitrisent pas trop : ils bloquent
5 kilomètres de routes pour a bitumer, ce qui fait qu’a chaque fois il faut
attendre une bonne demi heure avant de passer.
C’est pour ca que l’on trouve des gosses au bord de la route, pourtant
déserte à cet endroit qui vendent des trucs aux automobilistes qui attendent
patiemment.
Riobamba est la ville pas loin de laquelle ce situe San Francisco de
Cunuguachay, la communauté indigène ou j’ai passé trois mois de stage l’an
dernier, et ou je compte me poser quelques temps, le temps de voir ce que je
fais, si je continue á vadrouiller, ou si je trouve un stage quelque part.
Dix minutes après la sortie de Cuenca, le bus tombe en rade. Ca faisait
longtemps tient. Un autre bus arrive une heure plus tard, et il me dépose á
Riobamba 5 heures plus tard.
Il est trop tard pour monter á San Francisco, je décide donc de passer la
nuit en ville. Seulement le bus allant á Quito, il m’a déposé en périphérie. Je
dois donc prendre un taxi pour rejoindre le centre.
Je monte dans le premier taxi qui se présente. Le type ne doit pas avoir
mon âge et conduit comme un pied. J’ai rarement peur en voiture mais cet animal
je ne suis franchement pas rassuré. La voiture fais un bond a chaque fois qu’il
passe une vitesse et le mec ce signe après avoir réussi à passer un ronds point
sans se gaufrer. Rassurant ca.
Encore un qui a du acheter son permis et qui apprends maintenant à
conduire.
Enfin on arrive à destination, et heureusement, le type ne se permet pas en
plus de me plumer sur le prix de la course. Après l’angoissant moment que je
viens de passer, il n’aurait plus manqué que cela.
Riobamba n’a pas vraiment changé en un an, si ce n’est les panneaux
touristiques qui ont fleuris et les messages politiques sur les murs favorables
ou non au président Correa, á sa révolution citoyenne et á la constitution
plébiscité l’été dernier.
C’est le lendemain, en prenant la route de San Francisco á l’arrière d’un
vieux pick-up dont le proprio a du vendre le pot d’échappement et les
suspensions, que je réalise qu’une année c’est écoulée depuis la dernière fois
que je suis passé par ici. En effet, il y a maintenant deux belles routes
bitumées qui mènent á la communauté. C’est sur que c’est bien moins folklorique
que la bonne vieille piste défoncée, mais mes fesses ne s’en portent pas plus
mal. C’est ca le progrès. Maintenant les taxis de Riobamba acceptent de monter
jusqu'à San Francisco et le temps du trajet est divisé par deux.
Quand j’arrive devant la maison où j’ai passé trois mois l’an dernier,
c’est Juliana, la cuisinière qui m’ouvre la porte en peinant à me reconnaitre.
Dans la maison je suis perdu : on a fait tomber des murs, pour en
construire d’autres, la salle à manger a été transférée dans la chambre de
Pierrick le curé qui gère les projets du coin et qui vit ici, bref c’est le
bordel.
Il y a deux touristes à la maison, des françaises évidemment. Nous sommes
rejoints un peu plus tard par Catherine, la veto aristo en mission dans les
communautés pour deux ans. Elle termine sa mission dans quelques semaines et
est pas mal stressée rapport à cela. Imaginez que la fille vient de passer deux
ans dans le trou d’balle du monde à castrer des porcs et à mettre bas des
lamas. Ça va lui faire drôle de retrouver la civilisation. Elle est accompagnée
de son papa venu lui rendre visite et de Mathilde, une volontaire venue
apprendre le métier auprès d’elle. Mathilde est également accompagnée de son
papa.
On discute donc des changements survenus ici depuis l’année dernière.
Catherine trouve que Pierrick est en train de sombrer : cela fait plus de
dix ans qu’il est ici, toujours occupé par des millions de projets, Catherine
trouve donc qu’il ne prends pas assez de recul et tombe dans l’assistanat.
C’est vrai que Pierrick est un grand solitaire et qu’il prend rarement l’avis
des autres.
On me raconte aussi que la fabrique de confiture dans laquelle j’avais travaillé
l’an dernier est au point mort. Cela ne m’étonne pas vraiment, vu comment les
filles qui y travaillaient ce faisaient traitées par les femmes de la
communauté.
C’est con, il y a pourtant tout un tas de machines qui ne demandent qu’a
servir, mais parce que les vieilles de la communauté, propriétaires de la
fabrique, ne font pas confiance aux jeunes, pourtant très capables de gérer la
boutique, et qu’elles mêmes ne veulent pas prendre la responsabilité d’y
travailler, rien ne marche. Salauds de vieux.
J’ai tout de même une bonne nouvelle : le musée du lama de Palacio
Real, une communauté voisine où j’avais aussi travaillé est enfin terminé, il
faudra aller voir sa de plus près.
Le soir, Pierrick rentre et nous discutons de tout cela. Je suis content de
retrouver cette maison où j’ai passé trois mois au cours desquels j’ai pu
apprendre beaucoup sur les gens, sur ce pays mais aussi sur moi-même.
Le lendemain, nous sommes maintenant le 21 Aout, Catherine m’invite à me
joindre à elle, son père, celui de Mathilde et elle-même pour une journée
touristique dans les environs. Nous partons tôt en voiture et commençons par le
marché de Guamote, fameux pour son marché au bestiaux et surtout pour le nombre
d’indigènes qui s’y rendent, tous en tenues « traditionnelles » comme
on dit chez nous parce qu’ils sont pas en jean et baskets.
Après avoir fait le plein de foule de vaches, de cochons d’indes et de
porcs, nous partons pour un petit désert, proche de Guamote.
C’est un endroit assez étonnant. Au milieu du Páramo, caché derrière un
rideau de sapin ce cache des dunes de sable brun. Des vraies dunes, comme dans
le Sahara.
On reste quelque temps à observer le vent faire courir le sable sur
les dunes, puis nous repartons pour les lagunes d’Atillo, bien plus éloignées.
Après quelques heures à se faire secouer sur une vieille piste au milieu de
paysages des plus sauvages, nous arrivons enfin.
L’endroit est assez magique :
au milieu de hautes montagnes aux pics acérés ce trouvent trois lagunes les
unes au dessus des autres, chacune d’une couleur différente.
On reste quelques
temps à observer le spectacle puis nous continuons sur la route sur 100 mètres.
Et là, c’est un nouveau spectacle. On arrive sur le versant amazonien de la
cordillère, et de suite la végétation change radicalement : sur un
versant, c’est le Páramo, où seuls quelques malheureux buissons parviennent à
survivre, et sur l’autre versant, la végétation est luxuriante, alors que nous
sommes toujours à plus de 3000 mètres d’altitude. Etonnant.
03 septembre 2009
Loja & Cuenca
J’en trouve un qui part en début d’après midi et je me retrouve à Loja, en Equateur à la nuit tombée, après une bonne journée de voyage dans la sierra, nous sommes maintenant le 15 aout.
A Loja, je galère un peu pour trouver un hôtel, tous sont complet. Je finis par trouver quelque chose à 10 $, somme assez astronomique par rapport aux pays précédemment traversés.
Le lendemain, je pars visiter la charmante petite ville, mais je suis maintenant pressé d’arriver à Riobamba, où je connais du monde. Je repars donc dans la journée pour Cuenca, où j’arrive dans la soirée.
J’essaie d’abord d’aller dans le centre ville par mes propres moyens en demandant aux gens, mais vu la triste habitude qu’ont les gens d’ici de vous renseigner alors qu’eux même ne savent absolument pas où vous voulez aller, je finis par me décider à prendre un taxi qui me dépose devant une place étrangement moderne au bord de laquelle je trouve un petit hôtel.
Le lendemain, je pars visiter cette ville considérée comme une des plus belle du pays et surnommée l’Athènes d’Equateur en raison de son architecture et de la forte concentration d’intellectuels et d’universités qui s’y trouve.
Cuenca est aussi connue pour être un important centre de commerce du chapeau Panama, qui comme son nom ne l’indique pas, est un produit équatorien.
Ce chapeau, que l’on appel ici le sombrero de paja toquilla, et surtout pas Panama, est tressé à partir de paille de Toquilla qui pousse en abondance sur la côte. Certains de ces chapeaux, comme le fameux et luxueux superfino de Montecristi, y sont fabriqués, et d’autres sont fabriqués dans les villages entourant Cuenca.
Ce chapeau a longtemps été, avec la banane, le principale produit d’exportation équatorien, mais n’a jamais rapporté grand-chose : le superfino, par exemple, qui est le must du sombrero de paja toquilla, tressé avec tellement de finesse que les espagnols s’en servaient pour transporter de l’eau, et que les artisans mettent plusieurs mois à tressé, ne leur rapporte qu’une poignée de dollars, alors que le prix de vente final aux USA ou en Europe peut atteindre 800 dollars.
Aujourd’hui la mode du Panama est quelques peu dépassée et seuls quelques chapeliers subsistent encore à Cuenca.
A ce sujet, un bouquin intéressant, de Tom Miller, où il raconte le voyage qu’il a fait dans les années 80 en Equateur sur les traces du Panama, « La filière des Panamas » aux éditions Actes Sud.
Dans ce bouquin, l’auteur décrit particulièrement bien les voyages en bus en Equateur. Cela a été écrit il y a quelques années, mais je peux vous assurer que tout ce qu’il raconte est toujours d’actualité, laisser moi vous en livrer quelques extraits :
« Si un chauffeur d’autocar équatorien survit à un plongeon meurtrier, il se réfugie immédiatement dans un coin perdu du pays afin que les familles des victimes ne cherchent à arrondir le score. On prétend que des villages entiers au fin fonds de l’Amazonie sont presque exclusivement peuplés de conducteur d’autocar…
Si vous prévoyez d’emprunter les autocars sud- américains, voici un certain nombre de précautions à prendre avant de monter a bord :
a) Vérification des pneus. Si, sur les six pneus (la plupart des autocars ont deux trains à l’arrière), trois ou plus sont entièrement lisses, les probabilités de chute augmentent, si l’on distingue des fils, l’éclatement est imminent.
b) Votre bus possède au moins un essuie-glace. C’est heureux. S’il est situé côté conducteur, ce n’est que mieux. Evitez les véhicules dont le pare-brise, encombré de décalcomanies, de statuettes et d’images, ne permet de voir l’avenir qu’au travers d’un espace grand comme une carte postale. Les reliquaires, les inscriptions dévotes et les autocollants fanfarons sur les pare-chocs ne sont pas des gages de sécurité. Jésus-Christ et Che Guevara sont souvent vénérés sur la même décalcomanie. Ne nourrir aucun espoir démesuré ne de sombres pensées.
c) Si la sobriété du chauffeur n’est pas un facteur déterminant, la présence de sa femme ou de sa petite amie est en revanche fondamentale. Si elle l’accompagne, elle s’assiéra habituellement derrière lui, à ses côtés, ou sur ses genoux. Il essaiera certainement de l’impressionner par sa conduite audacieuse, mais il fera également tout pour éviter qu’il ne lui arrive quelque chose. Si le chauffeur n’est pas marié ou n’a pas de petite amie, les chances de finir au fond d’un ravin augmentent.
d) Sachez qu’il est impossible de tester le freinage du véhicule. Un jour, au Guatemala, je me suis enquis de l’état des freins auprès d’un conducteur. « Ecoutez », m’a-t-il répondu, « le bus est à l’arrêt, non ? C’est donc que tout fonctionne ».
e) Sur les lignes interurbaines, les places sont souvent attribuées à l’avance. Refusez la place située immédiatement derrière le chauffeur ou devant à droite. Si vous voyagez de jour, vous friserez l’arrêt cardiaque toutes les deux minutes en voyant votre autocar dépasser un camion dans un lacet sans visibilité ou se retrouver nez à nez avec un autocar venant en sens inverse. De nuit, vous serez constamment aveuglés par les phares des voitures. A toute heure, vous aurez du mal à supporter le haut parleur de fortune qui pendillera toujours trop près de vos oreilles.
f) Gardez votre passeport à portée de main. Des contrôles militaires ont lieu lorsqu’on s’y attend le moins. J’ai un jour retardé pendant dix minutes un bus entier de grands voyageurs, à quelques kilomètres d’Esmeraldas, sur la côte Pacifique, pendant que je cherchais désespérément mon sac sur le toit du bus, puis mon passeport au fonds de mon sac. »
Ensuite, l’auteur prend la route de Guayaquil, à partir de Cuenca :
« Nous descendîmes dans la couche de nuages et Julio (le chauffeur) rétrograda. La ligne blanche au milieu de la chaussée était son seul point de repère. Même la figurine à l’avant du capot avait disparu dans les nuages. Au bout de cinq minutes, il ralentit et s’arrêta. Pepe, l’assistant du chauffeur – fonction généralement réservée à un jeune frère, un fils ou un neveu - passa dans l’allée en faisant la quête. Je donnai un coup de coude à Horatio, mon voisin.
- Qu’est ce qu’il se passe ?
- Nous sommes arrivés au sanctuaire. Tous les chauffeurs s’arrêtent ici pour laisser quelques pièces, c’est une manière d’invoquer la protection de Dieu.
Les saints vivent très souvent à proximité d’un poste de police de sorte que le chauffeur peut faire deux paiements à la fois. Payer sa quote-part d’assurance à un saint requiert un élan de piété surhumain, mais si cela pouvait nous éviter le pire, j’étais partant. Je déboursai quelques sucres.
Pepe avait traversé la route en courant pour aller déposer l’argent lorsque soudain une demi douzaine d’Indiens surgis des nuages collèrent leur vidage à la vitre.
- ¡Choclos! ¡Choclos! ¡Diez cada uno!
Ils vendaient du maïs doux cuisiné avec de l’oignon, du fromage et de l’œuf, à un peu plus de dix centimes de dollars la part. Deux femmes aux pieds nus, coiffées d’un feutre et vêtues d’un épais poncho maculé de boue, montèrent à bord et investirent l’allée.
- ¡Choclos ! ¡Choclos ! ¡Nueve cada uno !
Les prix avaient chutés. Une autre marchande au regard embué, un bébé dans les bras, frappait désespérément à une vitre dans l’espoir qu’un passager lui ouvrirait. Sa voie perçante venait d’aussi loin que son regard. Au retour de Pepe, les Indiens disparurent dans le brouillard andin.
Partout en Amérique latine, les assistants des chauffeurs d’autocars font preuve de dispositions particulières pour monter ou descendre d’un véhicule en marche, se rappeler des passagers à qui ils doivent rendre de la monnaie, faire le plein d’essence, grimper sur le toit afin de récupérer un chargement avant l’arrêt complet, et changer une roue. Pepe réalisa tous ces exploits au cours du trajet, excellant dans l’art de sauter à bord de l’autocar déjà lancé en seconde. Il prenait d’abord de la vitesse, esquissait un léger bond afin de se mettre en jambe, puis faisait un saut en angle aigu qui lui permettait d’atteindre le marchepied tout en s’agrippant à la main courante au niveau de la portière. La souplesse et l’aisance de ses mouvements donnaient l’impression qu’il sautait à bord d’un véhicule à l’arrêt. »
Ce court extrait est aujourd’hui toujours d’actualité, sauf que l’on compte maintenant en dollar en Equateur.
Piura
Je pars ensuite prendre mon bus, et arrive à Piura le lendemain matin, il fait toujours nuit.
Je me cale sur un banc en attendant que le jour se lève et que les agences de bus pour l’Equateur ouvrent leurs portes.
Au bout d’un quart d’heure, un type se pointe, à priori relativement bien éméché, et commence à taper la discute. Il commence d’abord par me prévenir qu’il n’a aucune intention de m’agresser ou de me voler. Cool.
Ensuite, il me dit qu’il vient juste discuter dans un esprit « d’afabilidad », terme qu’il me traduit comme étant le stade supérieur de l’amabilité. Oui parce que ce jeune homme a passé 11 ans en Espagne, où il a étudié la gynécologie au sein de la soi-disant mondialement connue université Don Bosco, où il a donc pu acquérir un niveau d’éducation lui permettant d’approcher un étranger et de discuter avec lui sans rien lui voler, et sans même chercher à l’arnaquer.
Bon, je ne suis persuadé que ce soit le privilège de ceux qui ont eu la chance de vivre en Europe, mais le gazier me fais bien rire.
Il me raconte ensuite qu’il est tombé amoureux d’une prostituée et qu’il c’est vite rendu compte que la demoiselle n’en avait qu’après son portefeuille et sa voiture.
Une histoire d’amour comme on en fait qu’en Amérique latine.
Cette situation sentimentale douloureuse explique son état d’ébriété parce qu’évidemment il n’a pas l’habitude de boire, ce n’est pas digne du gynécologue qu’il est. Oui il est gynécologue. C’est pour ça qu’il a une belle voiture, une planche de surf et même un sac de rando comme le mien, « avec la ceinture et tout ».
Je n’ai donc pas affaire à n’importe qui.
Ensuite le type m’invite chez lui, « boire un coup et se faire une ligne de coke ». J’aurais volontiers accepté, mais il est encore 5 heures du matin, je viens de passer les deux dernières nuits dans le bus et je n’ai pas trop la forme. Je refuse donc poliment et on remet ça à une prochaine fois.
Le type me laisse son adresse mail, et il part ce coucher.
Le jour finit par ce lever et je pars à la recherche d’un bus pour passer en Equateur.
01 septembre 2009
Ayacucho & Lima
A 3 heures du matin, après un long et incertain trajet, j’arrive à Ayacucho, prends un taxi et lui demande de me déposer devant un hôtel peu cher. J’hésite un peu avant de sonner, ça m’embête un peu de réveiller le gérant au milieu de la nuit, mais après tout, c’est son boulot. J’ai tort d’hésiter car à peine deux minutes après avoir sonner, le type vient m’ouvrir, comme s’il m’attendait. Il m’octroi une petite chambre avec un grand où je m’endors rapidement, ces voyages en bus sont assez épuisants à la longue.
Le lendemain je me réveil mal en point : j’ai mal à la gorge et suis enrhumé. Ça ne ressemblerai pas à un début de grippe par hasard ?
Je commence à baliser un peu. Si je chope cette merdouille de grippe A au fin fonds du Pérou, je ne suis pas dans la merde tiens. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, je me rends compte que je n’ai plus une thune. Je n’ai plus qu’à resté à Ayacucho jusqu'à ce que mon corps et mon porte-monnaie ce portent mieux.
Ce soir là, je sors me promener dans la ville, en pleine effervescence en fin de journée. La ville est agréable, pleine de rue piétonne et d’animation.
Sur la plaza de armas, une fille m’accoste et me demande d’où je viens. Quand je lui dis que je suis français, elle me répond qu’elle a plein d’amis français et qu’elle le parle un peu. On passe la soirée à discuter et à se balader et elle m’invite à visiter l’endroit où elle a rencontrée tout ces amis français, la casa hogar, une maison qui accueille les enfants des rues dirigée par un belge. Rendez vous est pris pour le surlendemain.
Le lendemain, je passe la journée au lit, ma gorge ne s’arrange pas, je m’informe des symptômes du fameux virus et me dit que si je commence à avoir de la fièvre il faudra que je me décide à aller voir un médecin, même si je n’ai pas de quoi le payer.
Le lendemain, je suis donc censé rejoindre Lorela pour aller voir la casa hogar. Evidemment, je ne me reveille pas et c’est le gérant qui viens frapper à ma porte pour me dire qu’une « muchacha » me demande. Je me lève en catastrophe et me fais passer un savon par la donzelle. Les filles d’ici on vraiment un caractère de merde.
Enfin, je la suis jusqu'à la plaza où nous prenons un bus qui nous mène dans les barrios, les quartiers périphériques et miséreux de la ville.
Ici on change brusquement d’environnement. Les rues ne sont plus pavées, il faut un bon 4x4 pour y circuler, les baraques sont plus ou moins délabrées, et les chiens agressifs sont partout.
On passe d’abord chez une amie de Lorela qui vit ici avec son mari et sa fille. L’amie en question travaille à la casa hogar et nous y accompagne.
Arriver à destination, je découvre une assez grande maison avec un patio où les gosses font des tours de vélo.
Je rencontre ensuite Gilles, le belge qui gère la maison et que tout les gosses appellent Papi.
Gilles est un travailleur social, il fait parti de ses quelques personnes capables de donner leur vie pour les miséreux de toutes sortes. Il a longtemps travaillé en France avec des drogués, alcooliques et exclus de toutes sortes et de toutes origines. Il est ensuite parti avec sa femme au Népal et en Indonésie monter des projets, avant d’atterrir au Pérou et de construire cette maison.
Sa femme étant décédée il y a quelques années, il se retrouve maintenant seul avec les gosses et les employées du site. Chaque mois, il faut réunir les 10 000 $ nécessaires pour faire tourner la boutique, c'est-à-dire payer les employées, nourrir les gosses, les habillés, leur payer l’école privée, parce que l’école publique d’ici, comme dans la plupart des pays de la région, rends les gosses plus stupides à la sorte qu’à l’entrée, etc.…
Pour réunir la somme tout les mois, il faut passer sa vie au téléphone et sur la PC pour mendier les sous auprès des bailleurs de fonds, et des donateurs.
En fin de compte, sur les milliers d’enfants des rues de la région, Gilles n’en sauvera peut être qu’une vingtaine, autant dire que dalle. Mais rien que pour tout le mal qu’il se donne sans aucune aide, ni même soutient du gouvernement, son travail mérite le respect.
S’il y a autant de misère dans cette région, c’est aussi un héritage de l’histoire : en effet, c’est à Ayacucho que dans les années 70 est né le Sentier Lumineux, considéré comme la plus sanglantes guérilla sud américaine.
C’est donc ici à Ayacucho que la guérilla fera ses premières victimes, et c’est toujours dans les campagnes environnantes qu’agissent des groupes armés aux lointaines origines senderistas, qui sont aujourd’hui plus proche des narcotrafiquants, mais qui ne se refusent pas de temps à autres une petite attaque de commissariat ou une embuscade sur la route d’un convoi militaire. Rien à voir avec la violence qu’ont connus les habitants du coin dans les années 80 et 90. Une bonne partie de la population reste traumatisée par cette période, tout le monde a perdu au moins un membre de sa famille, assassiné par les guérilleros ou par l’armée qui n’était pas en reste, loin s’en faut.
Aujourd’hui cela se traduit par l’alcoolisme et la violence dans les familles, et les gosses finissent par s’enfuir, préférant la dure vie de la rue aux bastonnades quotidiennes.
Gilles me raconte que chaque soir il organise une séance de cinéma dans la rue à l’heure où les pères de famille rentrent chez eux après une bonne journée de travail et une bonne soirée à picoler.
Le temps que le film ce termine, les papas ont eu le temps de tout ravager dans la maison et de se défouler sur leur femme, et ce retrouvent étalés sous la table à ronfler. Les enfants peuvent alors rentrer chez eux en évitant la ratonnade.
Après avoir souhaité plein de courage à Gilles je redescends vers le centre me coucher, ma gorge ne s’étant pas arrangée.
Je décide tout de même de partir le lendemain pour Lima. Le bus partant dans la soirée, j’ai donc tout le temps d’aller visiter le monument célébrant la bataille d’Ayacucho. Pour cela il faut prendre un combi jusqu’au village de Quinua à une heure de route de la ville. Là, on trouve toute sorte d’artisanat en céramique assez laids, qui semble être la spécialité du coin.
Il faut encore marcher un petit peu pour trouver le monument planté au milieu d’une petite plaine brulée par le soleil. C’est ici que le héros national Antonio Sucre a vaincu les troupes du vice roi d’Espagne en 1824 et a mis fin au règne hispanique sur le continent. C’est pour cela que le monument est entouré de plaques offertes par toutes les nations sud-américaines remerciant Sucre d’avoir mis les colons dehors.
Le monument n’a pas l’air très visité, il y a juste une famille qui me demande de poser avec elle devant le monument.
Il y a aussi un pauvre musée plutôt décevant puisque ne contenant que trois pauvres céramiques représentant la bataille, sans aucune explications. Dommage.
Je redescends directement à Ayacucho pour prendre mon bus, et arrive à Lima le lendemain matin. Je pars chercher un bus pour Piura, à la frontière équatorienne, n’ayant pas envie de trainer dans cette ville déjà connue et pas vraiment attrayante selon moi. Je trouve un bus qui part en début d’après midi, me laissant tout de même le temps d’aller faire un tout en ville et de visiter le musée de l’inquisition, le seul musée gratuit du coin.
Le truc est assez flippant, j’en ressors avec une drôle d’impression. Il faut dire que le musée représente des figurines subissant les tortures de l’inquisition, et qu’ils nous font descendre dans le sous sol sombre et humide où les hérétiques pourrissaient pendant des années.
Un peu glauque le musée, on est content de retrouver la circulation chaotique de Lima à la sortie.
29 août 2009
Copacabana, Qusqo, Andahuaylas
Le lendemain, je me ballade dans la ville, il y a des dizaines de véhicules qui font la queue devant l’église. En effet, la vierge de Copacabana est censée protéger les véhicules des dangers de la route. Pour obtenir sa protection, on décore sa voiture, son camion, sa mobylette, et on attend que le curé arrive pour bénir l’engin.
Ensuite on descend au bord du lac, et là c’est le chaman qui prend le relais et qui va bénir à sa manière les véhicules avec des feuilles de coca et de l’alcool. Et oui pour être entendu par la vierge, il faut lui faire des offrandes d’alcool et bien entendu, en consommer aussi. Pourquoi ne pas joindre l‘utile à l’agréable ?
Cette année, on estime à 62 000 le nombre de véhicules venus à Copacabana. Prenez en compte que chaque véhicule contient entre 5 et 8 personne, ajoutez y les bus qui n’arrêtent pas de faire des allers retours avec le Pérou, et vous aurez une idée du monde que draine une telle fête. Les vieilles charrues à côté, c’est une kermesse de village.
Le soir, c’est feu d’artifice, qui setiendra sur la place devant l’église. Dans la rue, les artificiers ont montés quatre au cinq tours de bambou hautes de 10 à 15 mètres, les castillos. Les petards sont accrochés sur toute la structure. Il y a en plus des feux d’artifices classiques comme on connait chez nous.
Vers 22 h, la faule a envahie la place. Quand les artificiers sont prêts, ils allument, au beau milieu de la foule. Ya plus qu’a reculer à temps, sinon sa brûle. Service de securité, barrière ? Pas besoin, c’est pas drôle sinon.
Les tours et toute sorte de pétards sont disseminés sur toute la place et sont allumés les uns après les autres, vive les mouvements de foule.
Au final, il n’y a pas eu de morts que je sache, à peine un stand d’anticuchos (brochette) qui à un peu prit feu. No más. Et en plus c’était super joli.
Le lendemain matin, c’est la fête nationale bolivienne. Je me tâte à retourner à La Paz pour voir Evo faire son discours, sa pourrait être drôle, mais evidemment ce guignol à decider cette année d’aller à Sucre, la capitale officielle. Les autorités sucrenses lui promettent un accueil des plus hostile, puisque Sucre est, avec Santa Cruz, un des bastions de l’opposition autonomiste oligarchique.
Tant pis pour lui, je me barre.
Doña Tania, venue en voiture avec ses filles et son presque gendre me propose de me déposer à Puno, sur la côte péruvienne du lac.
On se retrouve un peu serrés à cinq dans un pot de yaourt sud coréen, et nous avons 3 heures de route devant nous. Enfin surtout moi, parce que mes collègues poursuivent la route jusqu'à Arequipa, et ils en ont pour 9 heures de plus.
Au passage de la frontière, on croise une file de plusieurs kilomètres de voitures, les péruviens sont encore nombreux à arriver.
Je passe la frontière sans soucis, si ce n’est les maintenant traditionnelles questions des douaniers péruviens pour savoir si je ne vais pas debarqué avec la grippe A chez eux.
Je vais directement au terminal pour trouver un bus pour la mythique Qusqo.
Je me galère pas mal pour changer mes bolivianos pour des soles, mes billets étant un peu abimés, les changeurs n’en veulent pas. Je dois me taper un aller retour jusqu’au centre ville pour trouver un changeurs qui en veuille bien.
Je finis par réussir à partir et j’arrive à Qusqo en fin de journée.
Le bus me dépose près de l’ovalo Pachacutec, du nom du 11e Inca sous le rêgne duquel l’empire à commencer son expansion.
Le lendemain, après une bonne nuit de sommeil, je part vadrouiller en ville. Le centre historique est vraiment sympa, il reste des rues de l’époque inca, avec leurs fameuses pierres taillées au millimètres. Malheuresement, toujours le même problême, la ville est envahie de touristes, elle vit de cela, et ça parle plus anglais ou français dans les rues qu’espagnol, les commercants m’interpellent en anglais, c’est l’horreur.
Je passe les deux journées suivantes à me balader dans la ville, et je part sans avoir visiter les innombrables sites archéologiques de la région. Tous sont payants, et mes finances sont au fond du bol et je ne suis pas un fanatique des vieilles pierres.
Je décide de rejoindre Lima pour la route la plus directe, mais aussi la plus dangereuse parait il, qui passe par Andahuaylas et Ayacucho avant de redescendre sur Lima.
Le troncon entre Andahuaylas et Ayacucho est surnommé la route de la mort, on imagine bien pourquoi.
Je vais donc d’abord à Andahuaylas, de nuit. C’est une nuit de pleine lune, les montagnes sont éclairées d’une manière assez fantômatique, c’est fascinant, je me retrouve le seul eveillé dans le bus à regarder goulument les paysages. Je me fais quelques frayeurs quand même quand le bus s’approche un peu trop prêt du ravin plutôt très profond et sans raille de securité ni rien.
J’arrive à bon port vers 5 ou 6 heures du matin, il fait très froid, je m’offre un maté de coca bien chaud avant de partir pour la ville.
C’est jour de marché à Andahuaylas, mais il est encore trop tôt, les commercants sont juste en train de s’installés.
Je me dirige vers la plaza de armas, les gens me regardent vraiment comme un etranger, quel changement après Cusco !
La ville ne doit pas voir passer beaucoup de gringos, je crois que c’est la première fois que je ressent aussi fortement le fait d’être l’Etranger.
Je me pose sur un banc en face de l’église, et peu après, une femme s’approche et me salue en anglais. Je lui répond en espagnol et la conversation s’engage dans cette langue, que je comprends bien mieux que l’autre.
La femme me raconte qu’elle est venue à Andahuaylas « faire le tourisme » comme on dit ici, avec sa mère. Elle est née ici mais vit maintenant en Virginie aux USA, ce dont elle à evidemment l’air très fière.
C’est vrai que dans ce pauvre bled perdu dans les Andes, sa jette pas mal de dire qu’on crêche en Virginie. La bas elle doit se faire exploitée dans une boite de nettoyage industriel ou par des bourges chez qui elle fait la bouffe et le ménage.
Enfin bon, il faut bien entretenir le mythe.
Je lui demande comment je peut me rendre à une lagune censée se trouver pas loin, et elle m’indique où je peut trouver les taxis collectifs qui s’y rendent.
Après une bonne heure de pìste serrés a sept dans une voiture, j’arrive à Pachuca, bled perdu aux confins des Andes au bord d’un lac.
L’endroit est d’une telle tranquilité qu’au lieu de partir cavaler dans la campagne, comme j’en ai l’habitude, je me cale au bord du lac oú le silence n’est troublé que par le bruit des canards et des grenouilles.
Je m’endors et me reveil une paire d’heure plus tard pour decouvrir une vigogne qui broute non loin. Ces animaux, cousins du lamas, sont censés être sauvages, mais celle-ci a l’air aprivoisée.
Je reste encore quelques temps dans ce petit paradis avant de redescendre vers Andahuaylas.
Quand j’y arrive, le marché bat son plein. Je m’y promène pendant quelques heures, il est énorme !
Il ya de tout ici, des vêtements, des outils, des porcs (morts ou vifs), des plantes médicinales, des cuyes, bref tout ce qu’il faut pour survivre dans ces contrées difficiles.
Je m’achête un bonnet pour les froides nuits de la région, mange un seco costeño et part prendre mon bus pour Ayacucho.
27 août 2009
Ballade autour du lac Titicaca
Le lendemain matin, je pars pour une ballade de quelques heures vers Yampupata, un village situé juste en face de l’ile du soleil et l’ile de la lune, les iles un peu mythiques du lac, là où l’empire inca serait né.
La ballade est décrite dans le Lonely Planet en anglais que je me suis offert à La Paz (précision importante pour la suite).
La ballade commence dans la plaine bordant le lac, puis au bout de quelques kilomètres, les paysages deviennent plus vallonnés. Après une bonne heure de marche, le guide parle d’un petit raccourci. Mais étant écrit en anglais et cette langue n’étant vraiment pas mon point fort, je ne comprends pas les deux lignes suivantes décrivant le dit raccourci, si ce n’est qu’il faut tourner à droite après un petit pont.
Je tente malgré tout le raccourci qui coupe en passant par-dessus la colline au lieu d’en faire le tour. La montée est rude mais la vue en vaut la peine. Arrivé en haut, je redescends au jugé de l’autre côté. Je me retrouve dans une communauté indigène perdue au bord du lac mais qui selon toute vraisemblance, n’est pas Yampupata.
Il s’agit plutôt d’un pauvre village aux maisons en adobe et ou les vieilles mamitas marchent pieds nus. L’église est une simple maison avec un petit clocher devant laquelle une petite place est entourée d’un muret de terre. En passant devant, je croise plusieurs petits vieux qui m’invitent à passer dans la placette. Curieux, je les suis et je découvre une trentaine de personnes assises autour de la place, les hommes d’un côté et les femmes de l’autre. Quand je fais mon entrée, tout ce petit monde éclate de rire. Sur le coup je me sens un peu con, je ne comprends pas trop pourquoi ils rient. Avec le recul, je pense que ces gens sont très conscients d’habiter un pauvre village de bout du monde dont personne n’a rien à faire.
Le fait de voir arriver un gringo dans un tel village à effectivement de quoi faire rire.
Le fou rire passé, les hommes m’invitent à m’assoir avec eux, me serrent la main et m’offre la coca. C’est la première fois que je goûte ces feuilles, sacrées dans ces contrées. Ça consiste à mettre les feuilles dans sa bouche une par une en les mâchonnant jusqu'à former une boule de la taille d’une balle de golf que l’on cale dans le coin de la bouche.
La coca a de multiples vertus : elle atténue les effets de l’altitude, calme la faim et le froid.
Il ya évidemment une légende autour de cette feuille. Elle raconte qu’un jour un dieu andin quelconque est descendu voir les indiens et leur a dis : « prends la coca et tu y trouveras de quoi réchauffer ton corps, de quoi calmer ta faim, de quoi raffermir ton cœur et de quoi éclaircir ton esprit. Enfin, en observant le vent faire danser les feuilles, tu trouveras les réponses à toutes tes questions.
Mais l’étranger venus du Nord (le gringo), lui n’y trouveras que poison pour son corps et folie pour son esprit »
A priori, d’après ce que j’ai pu observer, je dois me trouver au milieu d’une assemblée communautaire, c'est-à-dire une assemblée qui rassemble toute la communauté et au cours de laquelle on traite des affaires locales et moins locales. Ici il n’y a que des anciens, j’imagine que tout les jeunes sont partis pour la ville, et même si c’est triste pour la communauté de la voir ce vider peu à peu, je comprends les jeunes qui veulent essayer de s’en sortir ailleurs.
La réunion m’a l’air fort intéressante mais le problème est qu’on y parle quechua et que je n’y comprends donc rien. Il est grand temps que j’apprenne cette foutu langue. En plus, il faut encore que je retrouve ma route puisqu’il parait assez évident que je suis perdu. Je reprends donc la route après avoir salué mes nouveaux amis, et je me retrouve dans un paysage sec et poussiéreux, où aucun arbre ne pousse et où le soleil brule littéralement. Je marche très longtemps et finis par arriver dans ce foutu bled vers 15 heures. Yampupata est semble aussi être un village assez pauvre mais il a le net avantage de se situé juste en face de l’ile du soleil, ce qui en fait une destination valable pour les randonneurs.
Arriver dans le village, je m’arrête dans une tienda, une petite épicerie de village. Il y a un homme devant, je lui demande donc si je peux lui acheter quelque chose. Il me demande de patienter deux minutes, le temps qu’il aille chercher la responsable de la boutique. La responsable, une gamine d’une dizaine d’année arrive, je lui achète une bouteille d’eau et quelques biscuits. Je lui demande le prix, elle me fait : alors, quatre, non cinq soles s’il vous plait. Je paie en m’en vais. En me retournant j’entends l’homme qui doit être son père l’engueuler : t’aurais pu lui demander plus, c’est un gringo !!
Pour retourner à Copacabana, j’ai le choix entre refaire la route à pieds, ou rentrer en bateau, via l’ile du soleil. J’opte pour la deuxième solution, estimant avoir assez marché et assez brulé pour la journée. Un papi m’emmène donc jusqu'à l’ile dans sa barque, à la rame. J’aurais pu le faire en bateau à moteur, mais cela m’aurait couté le double. La sueur d’un homme pendant trois quarts d’heure vaut moins cher que dix minutes de bateaux à moteur.
L’ile du soleil est un haut lieu du tourisme bolivien, un incontournable. C’est à cet endroit que serait né l’empire Inca, et on peut admirer les ruines qui en reste. La légende raconte que le premier Inca, Huayna Capac et sa femme-sœur (une manie des incas, le patron le fait avec sa sœur…), Mama Huaca, enfants du soleil et de la lune, y serait apparus. L’ile voisine de la lune, quant à elle, était l’endroit où vivaient les vierges du soleil, chargée d’adorer le dieu suprême.
J’ai juste le temps de faire un petit tour et de voir deux trois ruines avant de choper le dernier bateau en partance pour Copacabana. Celui-ci est plein de touriste évidemment, et il tarde à partir car quelques uns d’entre eux tardent sur l’ile. Les touristes ce mettent à hurler comme s’ils avaient un train à prendre alors que tout ce qu’ils risquent, c’est de ne pas avoir de table dans leur resto favori en rentrant, alors que le pilote qui serait le plus en droit de brailler, attend patiemment.
La patience n’est décidément pas une vertu occidentale.
J’arrive à Copacabana à la nuit tombée, content de ma journée.
25 août 2009
La Paz & Copacabana
Après une petite sieste, je m’en vais parcourir la ville.
La Paz est construite dans une cuvette au fond de laquelle ce trouve le quartier des affaires et ses buildings, ainsi que ses beaux quartiers. C’est une spécificité de La Paz, qui est une des rares villes oú les riches sont en dessous des pauvres qui eux habtient El Alto, sur les hauteurs de la ville.
Je passe la journée à cavaler dans toute la ville, on découvre un nouveaux marché à chaque coin de rue, il y a le marché des fruits, le marché des viandes, le marché des fleurs, le marché des vêtements, le marché des paniers, bref tout ce qu’il faut pour vivre.
Le soir en rentrant, je me rends compte que j’ai peut être été un peu trop vite à m’activé à cette altitude : un violent mal de crâne me prends la tête et j’ai très mal aux jambes.
Je suis passé de quelques mètres à 3600 d’altitude en quelques heures, et suis parti courrir les rues directement, sans temps d’adaptation. C’est la première fois que je ressens les effets de la soroche, et elle ce rattrape bien de toutes les fois où j’ai été en altitude sans en ressentir les effets.
Le lendemain j’ai toujours très mal, je ne sort que le soir pour découvrir le marché nocturne de la calle comercio.
Si La Paz compte autant de marchés, plus que dans toutes les villes que j’ai traversé, c’est que la ville de 1,5 millions d’habitants ne compte aucun centre commercial.
C’est donc toute la ville qui ressemble à un énorme supermarché.
Le lendemain je décide de partir pour Copacabana, au bord du Lac Titicaca et non loin de la frontière péruvienne.
Les bus partent du cimetière, sur les hauteurs de la ville. Je dois donc y monter avec mon gros sac sur le dos, autant dire que j’en chie un peu.
Je dois sur ma route traverser le marché de la caller Santa Cruz, spécialisé donc la vente de feuilles de coca, de fœtus de lamas (enterrés aux quatre coins de la maison ils sont censés porter chances aux nouveaux habitants) et de mesa andina (tables andines, composées de feuilles de coca, de coquillages, d’images saintes, etc.…) aux pouvoirs mystiques.
Je croise aussi plusieurs chamans andins proposant de lire l’avenir dans les feuilles de coca.
Je croise aussi nombres de Cholita pazeña et de lustrabotes, les deux habitants un peu symboliques de La Paz.
La Cholita c’est la femme indigène en costume traditionnelle avec son chapeau melon à la Charlie Chaplin, ses quelques dizaines de jupes superposées (il fait très froid par ici quand le soleil ce couvre) et son baluchon coloré dans le dos.
Le lustrabote quant à lui est le cireur de pompes de la ville. Lorsque l’on arrive à La Paz en bus, on se fait assaillir à la sortie du terminal par des personnages un peu inquiétants, cagoulés et gantés qui vous demande quelque chose d’incompréhensible, à cause de la cagoule. Pas d’inquiétude, le type n’est pas en train de vous demander votre portefeuille ou votre sac, il veut juste cirer vos godasses.
Dans la rue, après avoir passé le marché, je croise une femme noire.
Je me retourne, un peu étonné de voir une afro dans ces contrées où ils ne courent pas les rues.
Je tombe sur l’explication de sa présence quelques mètres plus loin : l’ami cubain a dépêché quelques médecins à La Paz. Ils ont installés leur petit poste de santé sur une petite place et les gens font la queue devant.
Ce n’est pas tout les jours que l’on a la chance de voir un médecin quand on habite les hauteurs de La Paz.
Un peu plus haut, je finis par arriver au cimetière, d’où partent les bus pour Copacabana. Après avoir acheté mon billet et l’habituelle demi-heure de retard le bus ce pointe et le chargement commence.
Mon sac se retrouve sur le toit au milieu des sacs de patates et des moutons.
Après trois bonnes heures de route dans l’Altiplano, désespérément plat et désert, on arrive au bord du lac.
Il faut traverser le détroit de Tiquina qui sépare le lac Titicaca et le bien plus petit lac de Huayñaymarka.
Les passagers descendent du bus pour traverser sur des petites barques à moteurs et le bus traverse sur une barge TRES lente.
Enfin, en milieu d’après midi, nous arrivons à Copacabana.
La ville, pas si grande que ca, est bondée, c’est la fête de la vierge de Copacabana, une fête péruvienne parait il, puisque la majorité des visiteurs présents sont péruviens.
La légende de la vierge de Copacabana raconte qu’il y a très longtemps, les habitants de la région étaient terrorisés par un crapaud géant qui mangeait les gens. Alors un jour la vierge c’est pointée et a transformer le crapaud en pierre.
On peu toujours observer le malheureux crapaud-caillou au bord du lac.
Les légendes du coin m’ont bien l’air de valoir celles d’Equateur, où l’on raconte qu’il existe une ville en or à l’intérieur du volcan Chimborazo, et que ces habitants sont de hautes personnes avec de grands cheveux blancs. J’adore.
Je trouve une auberge à quelques cuadras de la plaza, mais le type me dit qu’il n’a que des dortoirs à me proposer, et il doit penser que ce n’est assez hype pour un gringo.
Si j’en avais quelque chose à faire du confort je ne serais pas venu frapper à la porte de son taudis. Je ne lui dis pas ca, je lui dis que le dortoir me va très bien. Il me demande de revenir dans la soirée, quelqu’un c’est barrer avec la clé de la chambre, sa femme est en train de courir les rues de la ville pour le retrouver. Je laisse mon sac et vais me balader.
Copacabana est une petite ville en haut de laquelle ce trouve la basilique et la plaza de armas. La ville descend doucement jusqu’au bord du lac.
Le bas de la ville c’est gringoland, avec son lot d’hôtels, de restaurants et de boutiques spécialisées en clientèle occidentale.
La ville est entourée de deux cerros (collines), la Horca del inca, censé être un site archéologique et le cerro calvario dont les pèlerins sont nombreux à faire l’ascension en ces jours de fêtes.
Je décide de grimper sur le cerro calvario, admirer le coucher du soleil sur le lac. J’en chie pas mal, grimper une pauvre colline à cette altitude devient une performance mais le spectacle en vaut la peine. Le lac est vraiment grand, on n’en voit pas le bout et le coucher du soleil est assez sublime.
A la nuit tombée je redescends à l’auberge. Il y a un couple de Cochabambinas (habitants de Cochabamba dans le centre de la Bolivie) qui attend comme moi le gérant.
La nuit est tombée, il fait très froid et il n’y a plus de lumière, le gérant est en train de fouiner dans la boite à fusible. Il finit pour abandonner, et dit aux clients mécontents d’aller s’acheter des bougies.
Il vient donc vers nous et propose un lit dans un dortoir pour 15 bolivianos (1,5 €). Je me retrouve donc dans un dortoir avec mes compagnons de Cochabamba. Il n’y a, évidemment, pas de chauffage et l’isolation laisse à désirer. C’est à ce moment que je suis bien content de trouver mon sac de couchage que je traine inutilement depuis le début du voyage.
L’auberge est un ancien couvent, il n’y a pas d’eau courante, il faut se laver avec de l’eau offerte gracieusement par l’auberge dans des fûts. Les premiers levés doivent casser la couche de glace avant de faire leurs ablutions.
Je fais connaissance avec mes compagnons de chambrée, Doña Luisa et Don Raul, venus ici pour vendre les images de la vierge. Ils ont quatre enfants, un avocat de 27 ans marié à une française et vivant à Paris, une fille de 25 ans mariée à un espagnol et vivant là bas et une autre fille professeures à Cochabamba. Elle à 21 ans et sa mère ne tardera pas à avoir la lumineuse idée de vouloir me marier avec elle. Ils ont enfin un dernier fils de 12 ans.
Le lendemain, après une nuit bien fraiche, je pars pour la Horca del Inca. En bas du chemin, un gamin me demande 5 bolivianos, c’est un site archéologique on ne rentre pas comme ça.
Arrivé en haut de ce qui s’avère être un gros tas de caillasses, je cherche quelque chose ressemblant à un site archéologique, sans succès. Soit que le truc est une grosse arnaque, soit qu’il faut venir avec un guide pour trouver le site.
A midi je m’en vais manger une truite sur le bord du lac. Le bestiau est assez imposant et bien bon.
Malheureusement, ce bon repas, que je m’offre assez rarement est gâcher par une famille de touristes, française comme il se doit qui vient s’installer juste à côté de moi.
Même en France je ne suis pas sur d’avoir rencontrer d’aussi gros beaufs.
Je fuis donc rapidement gringoland pour une ballade le long du lac.
La seule plage de tout le pays est plutôt laide, puisqu’il n’y a pas vraiment de sable, mais juste de gros galets et de la poussière.
Le soir quand je rentre à l’auberge, la chambre c’est remplie : une mère de famille arequipeña (d’Arequipa au Pérou) est arrivée avec ses deux filles.
Doña Tania, la maman commence par dégager l’amoureux de son ainée qui voulait dormir avec sa belle. Il ira se démerder pour trouver un autre endroit où dormir.
Un homme sa se débrouille tout seul, une fille ce n’est pas pareil, comment il fait le gringo, fait elle en me désignant.
Le type part donc tenter sa chance ailleurs. Ça va pas être évident, la ville est pleine de pèlerins, il y en a des centaines qui arrivent tout les jours, les hôtels commencent à saturer.
Plus tard, alors qu’il fait déjà nuit et que je suis bien au chaud au fond de mon lit, une autre femme débarque avec sa mère. Elle arrive dans l’obscurité, elle est petite, grosse et laide, elle mâche la coca, ce qui lui déforme encore plus le visage et lui verdit la bouche.
En la voyant arriver je manque d’avoir un infarctus tellement son apparition est monstrueuse.
Dans la soirée, je me fais poser toutes sortes de questions, de mon état civil aux raisons de mon voyage, et de ma prochaine destination à la composition de ma famille.
On s’étonne en apprenant que ma sœur de 24 ans n’est toujours pas maman et on passe près de la syncope quand je leur dis qu’elle n’est même pas mariée. Ensuite on plaint ma pauvre mère d’avoir un fils si loin pendant si longtemps et doña Tania dis que jamais elle ne pourrait laisser ses filles partir comme ça, mais c’est vrai que pour les filles, «c’est pas pareil » comme elle dit.

























