28 octobre 2008
Comme promis, un petit article sur la situation péruvienne, quelque peu troublée ses derniers temps :
Premièrement, l’équipe de foot nationale c’est fait étrillée 3 – 0 par la modeste formation bolivienne la semaine dernière, puis 1 – 0 quelques jours plus tard par le leader du groupe sud-américain, le Paraguay. L’après midi du match contre le Paraguay, j’ai croisé un mec en larme dans la rue à la fin du match. En effet, le pays vient de perdre sa qualification pour le mondial 2010.
Je pense avoir un avenir en commentateur sportif, faut juste que je m’entraine à brailler des goooooooooool aussi long qu’eux et je serais bon.
Deuxièmement, la semaine dernière des enregistrements sont sortis d’on ne sais où pour révéler un scandale de corruption. Rien de bien extraordinaire me direz vous, sauf que cette fois le scandale ne touche pas seulement quelques obscures députés, il remonte jusqu’au somment du gouvernement.
Je vais essayer d’expliquer l’histoire, mais c’est un bordel.
D’abord une entreprise pétrolière norvégienne, Discover Petroleum souhaite investir au Pérou. Pour cela, elle doit faire une demande de concession à l’entreprise nationale Perupetro qui détient le monopole sur les concessions. Sauf qu’il y a un ripou dans la maison, le PDG Alberto Quimper.
Ensuite nous avons les « ratas », les rats comme les appels Alan Garcia le chef de l’Etat, Fortunato Canàan entrepreneur dominicain et Romulo Leon ancien ministre et membre de l’APRA, le parti au pouvoir. Ces deux là sont accusés d’avoir mis en contact les représentants de Discover Petroleum avec le premier ministre Jorge Del Castillo.
En fin de compte, les deux compères Canaan et Leon ont réussis à organiser un rendez vous entre l’entreprise norvégienne et le premier ministre qui à fait en sorte que ceux-ci obtiennent leur concessions avec l’aide de Quimper. Tout ce petit monde a été abondamment arrosé, et tout le monde aurait du être content.
Malheureusement, pas de bol un enregistrement vient de sortir où l’on entend une conversation téléphonique entre Romulo Leon et Fortunato Canàan, dans laquelle on les entend préparer leur coup.
Du coup le PDG de Perupetro Alberto Quimper est en taule, Romulo Leon et Fortunato Canàan sont en fuite, et le premier ministre s’est fait viré, ainsi que la moitié des ministres du gouvernement, qui étaient mouillés aussi.
Mais avant que les ministres ne démissionnent, on a eu le droit, comme sa ne suffisait pas, à une belle démonstration de politique.
Les ministres impliqués n’ayant pas démissionnés de suite, le parlement décide de voter une mention de censure (les députés votent pour décider s’ils demandent au président de former un nouveau gouvernement).
La dessus les membres du parti fujimoristes (de l’ancien dictateur Alberto Fujimori actuellement en procès) utilisent leur vote pour faire pression sur les autorités : on vote la censure du gouvernement à moins que vous ne fassiez un petit quelque chose pour limiter la peine de Fujimori.
La politique dans toute sa splendeur.
Dernièrement, un petit mot sur le Sentier Lumineux et ces dernières actions.
C’est un mouvement de guérilla Marxiste léniniste maoïste d’obédience Gonzalo (d’Abimael Guzman, ou Presidente Gonzalo, le chef de la guérilla), rien que ça.
Ils ont été très actifs dans les années 1980 jusqu'à l’arrestation de Guzman en 1992. Ils prônaient le pouvoir aux paysans et aux ouvriers, mais la guérilla comptait une grosse majorité d’étudiants et d’intellectuels fascinés par l’aura de Guzman, professeur de philosophie dans le civil. Ils ont donc commencés par des attentats, des attaques à la voiture piégées pour finir par massacrer les gens pour qui ils étaient sensés lutter, les paysans de la sierra.
A cette époque le Pérou est un bordel : Fujimori utilise le prétexte du terrorisme pour se mettre à l’aise, mettre les droits de l’homme, la démocratie et tous ses trucs qui doivent être casse burne pour un dirigeant, de côté.
On assiste à des disparitions, des massacres, des exécutions sommaires… On estime que cette période troublée à fait plus de 70 000 morts, la moitié par le sentier lumineux, l’autre par les militaires, paramilitaires et escadrons de la mort.
En 1992, Fujimori met en scène la présentation aux journalistes de Guzman, récemment arrêté. On voit un grand amphithéâtre bondé, et en bas, une cage recouverte d’un drap. Quand le drap tombe, on découvre Guzman barbu en pyjama rayé, genre un Dalton. Ca donne une idée du personnage de Fujimori.
Quelques années plus tard, Guzman sera condamné à la prison à vie.
Dans la prison de haute sécurité de Lima sont enfermés les criminels les plus dangereux du pays. Parmi eux, 500 senderistas. Alors que les autres prisonniers crèvent de faim de maladie et de mauvais traitement, les senderistas, ont leur propre quartier où ils ont carrément pris le pouvoir, les gardiens se font refoulés lorsqu’ils s’approchent de trop, les murs sont couverts de portraits de Guzman et de Mao, et ils ont reconstruits leur quotidien : formation politique, marches à la gloire du presidente Gonzalo, endoctrinement, ils ont l’air en bonne santé, reçoivent de la nourriture d’on ne sais où, et continuent à préparer le grand soir.
A l’extérieur, alors que tout le monde croyait en avoir finit, deux attaques successives ont fait une trentaine de morts dans la région d’Ayacucho et des militaires, et des paysans ont été retrouvés avec les yeux et la langue arrachée.
Cela serait du aux opérations anti narcotrafic menées par les militaires dans la région, en collaboration avec l’armée US. En effet, le sentier lumineux, qui durant ces heures de gloire se contentait de racketter le narcotrafic, fait aujourd’hui alliance avec lui. Il y aurait des membres du cartel de Tijuana qui auraient été repérés dans la région.




